Que je t’aime !

Courrier du cœur… Réseau clandestin de l’amour

 


Une comédie de Clémence Massart d’après des lettres authentiques.
Création 1995 / Reprise 2018

L’amour comment ça marche ? Comment on s’en sert ? Comment on s’en sort ?
Elles veulent l ‘aventure, mais aussi la sécurité.
Elles rêvent de faire le saut de l’ange mais sans quitter la bouée canard, ayant compris que :
La femme prend l’homme.
L’homme prend la femme.
On s’embarque.
La barque prend l’eau.
L’homme prend le large.
Qui est-ce qui reste ?

Alors la femme prend le crayon parce qu’elle est seule dans le silence, parce ce qu’elle n’ose pas dire; comment peut-on ? À qui ? «suis-je normale ? D’autres femmes sont-elles comme moi ? Âgée d’à peine 65 ans… Je suis jeune que faire ? Comment faire pour avouer à… que…». Ça y est elle parle mais elle ne peut pas dire… Alors elle écrit.
Elle peut tout écrire, tout dévoiler, cachée, anonyme. Elle peut signer «celle qui pleure seule» ou «la salope» ou «cœur éternel». Elle s’écrit, elle s’invente, elle se lit même dans les hebdomadaires.
Enfin elle EXISTE !
Chaque enveloppe contient une femme toute nue, collée, affranchie, le cachet de la poste faisant foi. Timbrées, elles ont plongé dans la boîte aux lettres.
J’ai lu ces lettres «par hasard», j’ai ri, les voici. J’ai cru que c’était moi.
Allez savoir si c’est pas vous  !!

Clémence Massart


Lorsque ce spectacle a été créé en juillet 1995 au Théâtre des Carmes d’Avignon, j’étais loin de penser pouvoir le rejouer 23 ans après. Puis, à la lumière de la nouvelle « parole libérée des femmes » (et de ses dérives…!), l’occasion m’est donnée aujourd’hui de rejouer ces lettres des années 50/60. En effet, elles résonnent singulièrement. Écrites au crayon ou au stylo Bic, leur langage parait vieillot, désuet, voire kitch, mais ce n’est que la forme qui a changé, ou la manière, car aujourd’hui, leurs questions, leurs confessions et leurs aveux demeurent les mêmes.
Finalement, pour ce qui est des ignorances et des inquiétudes en matière «d’amour», et… de la «carrière» qu’il induit, peu de choses ont changé. Et ces lettres, témoignage d’une période révolue, en sont encore plus touchantes et plus drôles.

Clémence Massart, septembre 2018


En 1995, lors de la création de Que je t’aime !,  j’avais écrit :
« Lorsque Clémence m’a dit qu’elle avait l’intention de créer un spectacle à partir de ces lettres de femmes, sur lesquelles j’étais tombé par hasard, elle a ajouté : « Tu m’aideras, hein, Budu ? » L’air de dire : « Moi qui t’ai aidé pour ta Danse du Diable et ton Roman d’un Acteur… » Chose entendue, je me suis efforcé de l’accompagner dans le choix et l’agencement des lettres, des chansons, des déplacements, des rythmes de jeu et des éclairages. J’ai tenté de l’aider à franchir ces étapes en lui évitant les chasses-trappes, les impasses, en lui suggérant des raccourcis ou au contraire des dérives, toutes ces choses auxquelles les quinze années d’écriture du Roman d’un Acteur m’avais habitué. Tout cela en m’interdisant de ne jamais intervenir dans ce qui fait le cœur même de ce spectacle et sa raison d’être : les idées, les images et les choix de Clémence. C’est que l’auteur ici, au sens plein du terme, et quel que soit le charme de ces lettres anonymes et merveilleuses, c’est l’actrice . Au fond , la plus belle réussite de cette « mise en scène » serait qu’on l’oublie au profit de la comédienne. Du phénomène. »
— 23 ans après, je n’ai pas un mot à retirer et fort peu à rajouter. Sauf que c’est encore mieux. L’âge, cet épouvantail des acteurs et, bien sûr, des actrices, ne fait que bonifier et éclairer mieux encore la prestation de la comédienne. Le contexte politique, cette fameuse « révolution » féministe donne à la « parole libérée » par ces lettres des années 50 ou 60 une force qu’elle n’avait peut-être pas encore tout à fait en 95. En tous cas un regard sur les choses plus cruel et lourd de sens. Mais toujours aussi poétique. Ce qui est essentiel. Car le théâtre est un art. Or, comme tous les artistes : peintres, écrivains, musiciens ou sculpteurs, les acteurs, les actrices ont besoin de temps, de beaucoup de temps, pour devenir eux-même. Pour trouver le sens aussi bien que la manière, je veux dire le style, de leur art et peut-être aussi, tout simplement, de leur vie. Pourquoi ont-ils, ont-elles, à un moment donné, fait ce choix ? C’est sans doute quand on a compris ça qu’on peut commencer à vraiment « rayonner ». Et Clémence rayonne, c’est le moins que l’on puisse dire. Je voudrais que toutes les gamines, les adolescentes, les jeunes femmes autant que les vieilles, celles qui ont notre âge, viennent rire à la voir incarner ses multiples personnages et pleurer à l’entendre chanter ses chansons tragiques. Elles en tireront, je le sais, une leçon unique. Celle que seul le théâtre peut donner quand il s’en donne la peine : la leçon de la vie. Mais pour ça, il faut l’avoir traversée, reçue, affrontée, combattue et domptée. Alors, le talent et l’esprit font le reste. Venez voir Clémence, vous ne l’oublierez jamais.

Philippe Caubère, 16/10/2018


Reportage de France 3 Nouvelle Aquitaine / 4 octobre 2018


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